Le saumon, l'alose, la lamproie marine, la truite de mer sont des grands migrateurs qui se reproduisent en eau douce et effectuent leur croissance dans les eaux côtières ou marines. L'anguille est aussi un grand migrateur mais qui se reproduit dans l'océan, plus précisément dans la mer des Sargasses, au large des côtes de la Floride.

Après la traversée de l'océan Atlantique sous forme de larves, les anguilles se métamorphosent en civelles. Ces civelles colonisent les estuaires puis au cours de leur vie, les bassins versants. Tous ces poissons sont très sensibles à l'aménagement d'obstacles à la migration qui ont conduit dans les derniers siècles à une très forte diminution de leurs populations. En Vilaine, la construction en 1970 du barrage d'Arzal a bloqué les migrateurs dès l'embouchure de l'estuaire. L'alose, le saumon ont rapidement disparu, et les anguilles incapables de franchir l'ouvrage se sont raréfiées sur le bassin versant.

La passe à poissons
Pour rouvrir la voie du fleuve aux espèces migratrices, deux passes ont été construites en rive gauche du barrage d'Arzal. Une passe à fentes verticale constitue le plus massif des ouvrages. Elle permet de faire passer des espèces nécessitant un "grand confort" comme les aloses. Une passe spécifique munie d'un bac de piégeage est également prévue pour les civelles qui ont de mauvaises capacités de nage. Sur chacune des passes, des dispositifs de comptage ont été installés et permettent de faire des évaluations quantitatives du retour des migrateurs vers le fleuve.

Le suivi scientifique
Depuis cette construction, l'Institution d'Aménagement de la Vilaine effectue le suivi scientifique des stocks de poissons migrateurs. Ce suivi a permis une mise au point efficace de la passe d'Arzal dont le bon fonctionnement s'illustre par le retour de l'alose : en 2002, les effectifs d'Alose suivis en vidéocomptage ont été multipliés par 10.

En terme de gestion et d'avenir, le cas le plus problématique est constitué par l'anguille, qui se distribue sur l'ensemble de l'Europe, et dont le stock est en très forte diminution et risque de s'effondrer. Les rivières de la Façade Atlantique Européenne, arrosées directement par les courants du Gulf Stream, reçoivent 70 % du stock européen de civelle. Les arrivées de civelles sur nos côtes excèdent la capacité d'accueil des cours d'eaux français et permettent l'exploitation commerciale de la civelle. Mais la forte réduction des arrivées de civelles se conjugue localement avec une très forte efficacité de la pêcherie civellière car les civelles sont piégées et se concentrent au pied du barrage d'Arzal. Le suivi scientifique réalisé sur la Vilaine doit tenter de répondre aux questions :

  • Combien de civelles arrivent en estuaire ?
  • Combien sont pêchées ?
  • Après la saison de pêche, combien sont capables de franchir la passe ?
  • Quelle est la survie des civelles qui franchissent la passe et quelle est celle des civelles qui restent en estuaire ?
  • Le nombre de civelles parvenant jusqu'au fleuve est-il suffisant pour permettre le retour vers la mer des Sargasses d'un maximum de géniteurs compte tenu de la capacité de production du bassin versant ?

La réponse à ces questions suppose la mise au point de méthode d'évaluations quantitatives des stocks :

  • Marquage - recaptures effectués depuis 1998,
  • Suivis de pêcherie en collaboration avec IFREMER,
  • ecture d'âge des anguilles en collaboration avec FISH PASS,
  • Modélisations des arrivées saisonnières de civelles,
  • Modélisation de la dynamique de la population d'anguille du bassin versant.

Cette connaissance aboutit en pratique à des mesures de gestion de la pêcherie civellière proposées au COGEPOMI (Comité de Gestion des Poissons Migrateurs).